SOHO

Lot 47
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8 000 - 12 000 EUR

SOHO


Fine tapisserie de SOHO. Fin du XVII°- Début du XVIII° Siècle.
La fête du vin.
En soie et laine, 7 à 8 fils de chaine au cm.
Appartenant à une tenture mettant en scène la fabrication du vin et les joies qui lui sont associées. Bel état de conservation, bon état général, remarquable fraîcheur des coloris.
Ht. 205cm - Larg. 140cm

Ce panneau fait partie d'une série identique à celle que possèdent les collections de la Fondation Toms Pauli à Lausanne. Cette série fut achetée à Léonard Chabaneix vers 1700, d'après les dessins similaires à la série conservée à Boughton House 1660-1680.

En Angleterre, à la fin du XVII° siècle, plusieurs tentures très différentes sont désignées sous le titre de « Bacchanales ». En fait, ce titre fut mentionné pour la première fois, dans des factures établies en 1700 et 1704 pour l'élargissement d'une suite de tenture, appartenant à Ralph Montagu, et qui est toujours conservée à Boughton House (Northamptonshire). La mise en scène d'enfants dans des scènes mythologiques et très prisé à cette époque. Nous pouvons y voir Bacchus, sous les traits d'un enfant, chevauchant un bouc, son animal tutélaire, accompagné d'enfants musiciens formant procession de bacchanales en l'honneur de Bacchus. En général, dans les suites de tentures sur ce sujet, seul un panneau représentait Bacchus. Ici donc, nous avons le panneau principal. Les bordures à oves et dards (perles et bâtons) sont identiques à la série de panneaux, de tenture, conservés dans la collection Toms à Lausanne. Même si ce dessin sommaire est trop commun pour constituer un indice permettant d'identifier un lieu ou une date de fabrication, il est à noter que les 3 panneaux présents dans la collection Toms comptent parmi les meilleurs exemplaires anglais de la tenture. De surcroit, la collection Toms n'est pas en possession du panneau que nous présentons ici. On remarquera que les molletières, et le harnachement du bouc, et les dimensions similaires sont identiques aux panneaux de Lausanne, Cette série fut achetée à Leonard Chabaneix, 1700. Dessin copié d'une tapisserie similaire à celle de Boughton House, env. 1660-1680.

On connait peu de chose sur Léonard Chabaneix et encore moins sur ses activités de fournisseur. Même si son nom ne figure sur aucune pièce connue, nous savons cependant que sa famille était originaire d'Aubusson. A la suite de la mort de la Reine Marie en 1696, quand une déclaration de loyauté au Roi Guillaume III, qui avait régné à ses côtés, fut demandée à la population, la signature de Léonard Chabaneix figurait sur la déclaration des résidents de Spitafields Hamlet, quartier des tisserands en soie de l'est de Londres. On ignore même où il vivait et exerçait son activé de tapissier ou de marchand en 1700. En outre le nom de son fils John (1676-1743) apparait sur des tapisseries, il s'installa en 1702 dans les locaux d'un atelier de tissage à Piccadilly.

Par le nom de Bacchanalia, les Romains entendaient l'ensemble des fêtes religieuses qui se rapportaient au culte de Bacchus. Ces fêtes ont laissé un souvenir célèbre dans l'histoire romaine à cause de l'interdiction en 186 av. J.-C. Un récit très détaillé donné par Tite-Live, permettent de connaître exactement l'histoire du culte de Bacchus à Rome et les circonstances qui ont provoqué son interdiction. Un Grec de basse condition, sorte de prêtre et de devin ambulant, avait introduit en Étrurie les pratiques religieuses du culte de Bacchus (Dionysos). Ces fêtes se célébraient la nuit ; les hommes et les femmes y étaient admis indistinctement. Cette promiscuité, jointe à la fureur bachique, avait donné naissance à tous les excès possibles de la débauche. De la même source sortaient, donc, des faux témoignages, des testaments supposés, des dénonciations calomnieuses, même des empoisonnements et des disparitions mystérieuses d'hommes et de femmes. Ces mystères qui passèrent de l'Étrurie à Rome, trouvèrent rapidement de très nombreux adeptes, et là surtout devinrent une école de toutes les débauches et de tous les crimes. C'est le hasard, tant le secret était bien gardé des initiés, qui mit le pouvoir sur la voie de la découverte de ces pratiques. Une affranchie, Hispala Fecenia, avait révélé à son amant, alors que celui-ci se préparait à se faire initier lui-même aux mystères de Bacchus, toutes les turpitudes et tous les crimes qu'engendrait ce culte. Le jeune homme, effrayé, avertit Sp. Postumius, consul en 186 av. J.C. Celui-ci fit faire une enquête et le jeune homme lui amena l'affranchie, malgré la terreur qu'elle avait du courroux du dieu et de la vengeance des initiés.

Le bois sacré de Simila ou Stimula était le centre des Bacchanales. A l'origine les femmes seules y étaient admises ; les initiations ne se faisaient alors de jour que trois fois par an ; les femmes y étaient successivement prêtresses. Mais une Campanienne, Paculla Annia, avait tout changé pendant sa prêtrise : elle y avait admis les hommes, puis établi la célébration des mystères durant la nuit, et à cinq par mois au lieu de trois par an le nombre des jours réservés aux initiations. Armé de cette révélation, le Consul Postumius fit son rapport au Sénat qui aussitôt on prit les mesures les plus rigoureuses, comme s'il s'était agi d'un péril national : les consuls sont chargés de faire arrêter les ministres de ce culte, hommes ou femmes ; toute assemblée de ce genre est interdite. Postumius porta ensuite cette affaire à la connaissance du peuple. Il révèle « En quoi consistent ces mystères que l'on connaît par le bruit des cymbales, les hurlements nocturnes dont toute la ville retentit. » Il termine en donnant lecture des mesures de sûreté prises par le Sénat et en proposant des récompenses pour les dénonciateurs. Le nombre des initiés compris dans les poursuites dépassa 7.000, les femmes formant la majorité. Les plébéiens M. et C. Atinius, le Fulisque L. Opiternius, le Campanien Minius Cerrinius furent dénoncés comme les grands prêtres du culte, et comme les principaux auteurs des crimes et des infamies. La prison et surtout la condamnation à mort furent les peines appliquées aux initiés, tant hommes que femmes. Après une répression impitoyable, le Sénat rendit un sénatus-consulte portant défense expresse de célébrer à l'avenir des bacchanales à Rome ou dans l'Italie. Tite-Live a simplement résumé dans son récit le sénatus-consulte contre les bacchanales. Le texte officiel porte : « Il est défendu à qui que ce soit [...] de célébrer les bacchanales. S'il est des personnes qui se croient obligées de célébrer les bacchanales, elles viendront à Rome, feront leur déclaration au préteur de la ville et [...] notre Sénat décidera, pourvu que cent sénateurs au moins soient présents à la délibération. Et, dans ce cas, aucune réunion pour un sacrifice ne comprendra plus de cinq personnes en tout [...]. Quiconque contreviendrait aux prescriptions ci-dessus encourrait la peine capitale... » La répression terrible de l'année 186 et le sénatus-consulte, interdisant les bacchanales dans toute l'étendue de l'empire, n'empêchèrent pas le culte de Bacchus de recruter toujours des adeptes ; le Sénat veilla cependant à l'observation de la loi. En 181, un homme fut chargé d'informer contre les bacchanales en Apulie. Cependant le Sénat n'a pas entendu proscrire le culte du dieu, mais simplement les cérémonies et les mystères qui avaient donné lieu à tant de scandales.

Bibliographie : La Collection Toms. Tapisseries du XV° au XIX° siècle ; G Delmarcel ; N de Reyniès ; W Hefford. Zürich 2010.
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